Analyse
Europe : quelques avancées pour le bien-être et la protection des chiens et des chats
Le 28 avril 2026, le Parlement européen a adopté le Règlement européen relatif au bien-être des chiens et des chats et à leur traçabilité. Ce texte très attendu présente plusieurs avancées notables malgré quelques lacunes regrettées par nombre d'associations.
Par Brigitte Leblanc, Docteur vétérinaire et membre du CA de l'APRAD

Le contexte européen
Le marché des animaux de compagnie (ici uniquement chiens et chats) représente 1,3 milliard d'euros par an en Union européenne. En Europe, 44% des citoyens européens possèdent au moins un animal de compagnie, et nombreux parmi eux (74%) sont conscients de la nécessité d'encadrer ce marché afin d'augmenter la protection et le bien-être de nos compagnons présents ou futurs.
Ce texte (1), qui a demandé plus de 2 ans de travail, est la première étape vers une homogénéisation des normes quant à l'élevage, l'hébergement, la traçabilité, l'importation, mais aussi les méthodes éducatives des chiens et des chats en Union européenne. En effet, pour le moment, la plus grande disparité prévaut avec une identification individuelle obligatoire ou facultative selon les pays européens, des normes d'élevage inexistantes ou de niveaux très divers, des pratiques d'élevage ou d'éducation plus ou moins respectueuses du bien-être animal (2).
Identification individuelle et traçabilité
Le Parlement européen a en premier lieu mis en place l'identification individuelle obligatoire par transpondeur (puce électronique) pour tout chien ou chat appartenant autant à un professionnel qu'à un particulier, et ce dans chaque Etat membre, au plus tard aux 3 mois d'âge de l’animal et avant toute cession. Ce dispositif permettra d'assurer la traçabilité de chaque animal pour retrouver son propriétaire en cas de perte, bien évidemment, mais également de renforcer la lutte contre le trafic d'animaux. Les identifications devront être enregistrées sur des bases de données nationales mais interopérables au sein de l'Europe. Traçabilité et interconnexion permettront également un suivi précis en cas de problème sanitaire ou zoonotique.
Pour les animaux provenant de pays tiers, afin de lutter notamment contre les entrées commerciales déguisées en un import d'animaux de particuliers, il a été décidé que tout animal d’un particulier devra être préalablement identifié et pré-enregistré dans une base de données nationale au moins 5 jours ouvrables avant son arrivée dans un pays de l'Union européenne. Pour tout animal provenant d'un transport commercial, l'identification doit avoir lieu en amont du passage des frontières, puis l'enregistrement doit être effectué dans le pays membre.
Des pratiques d'élevage encadrées
D’une part, la lutte contre les hypertypes ou animaux aux caractéristiques physiques exagérées et nocives pour leur santé, est actée au niveau européen (sans néanmoins de précisions sur comment seront jugées ces caractéristiques). Toutes les pratiques d'élevage amenant à ses conformations (dont la reproduction consanguine entre parents et enfants, grands-parents et petits-enfants, frères et sœurs, demi-frères et demi-sœurs) sont interdites.
L'hybridation entre espèces « sauvages » et chiens ou chats qui sont des espèces domestiques l'est également.
D'autre part, les pratiques d'élevage ou de détention cruelles seront prohibées, notamment les mutilations à visée esthétique, zootechnique, ou de convenance (en dehors d’indications médicales). La France va donc enfin abandonner la caudectomie « esthétique » des chiens pour laquelle elle avait émis une réserve lors de l'adoption de la Convention européenne pour la protection des animaux de compagnie.
Seront également interdits les enchaînements d'animaux d’une durée supérieure à une heure, l'utilisation de colliers à pointe ou étrangleurs sans mécanisme de sécurité (avec certaines dérogations pour les forces de l'ordre, les douaniers, les militaires…).
Des lacunes pointées du doigt
Ce texte est profondément prometteur et constitue un symbole important en tant que premier texte européen encadrant le bien-être des chiens et des chats, reconnaissant de facto leur sensibilité, et leurs besoins tant physiques que comportementaux.
Dans certains pays de l'Union Européenne, il représentera une véritable révolution. En France néanmoins, et non sans raison, quelques associations de protection animale regrettent certaines limites : les dérogations notamment à l'utilisation des objets coercitifs, l'allègement des visites sanitaires d'élevage, mais également l'absence de positionnement de ce texte par rapport à la vente d'animaux en animalerie, ou par rapport à la sensibilisation aux animaux errants et à l'abandon (3).
Mais la principale lacune rapportée est la quasi-absence d'encadrement de la vente d'animaux par internet. Ce canal représente pourtant 60% des circuits de vente, et la seule décision prise a été l'obligation de notifier le fait que l'animal ne soit pas un jouet…
Notons néanmoins que ce règlement impose des normes et des décisions minimales et que chaque Etat membre est libre d'assurer un niveau de protection supérieur.
Des délais de mise en place
Ce texte n'entrera en vigueur qu'après adoption par le Conseil de l'Europe (qui les a approuvées antérieurement), puis publication au Journal Officiel de l'Union européenne. Il sera ensuite mis en place progressivement (ainsi, un délai de 4 ans est prévu pour la mise en conformité des professionnels).
Ce règlement représente donc une réelle avancée au niveau européen en réduisant les écarts entre les États membres, afin qu'enfin disparaissent par exemple les fermes-usines situées dans des pays européens aux normes moins contraignantes pour le bien-être animal, et dont les animaux apparaissent certes « moins chers à l’achat », mais malheureusement de santé précaire.
(1) https://www.europarl.europa.eu/news/fr/press-room/20260423IPR41833/premieres-regles-de-l-ue-pour-proteger-les-chiens-et-les-chats-de-maltraitance.
(2) https://www.lepointveterinaire.fr/actualites/actualites-professionnelles/elevage-et-tracabilite-des-chiens-et-chats-les-deputes-europeens-votent-pour-des-regles-plus-strictes.html
3 https://www.30millionsdamis.fr/actualites/article/27044-protection-des-chiens-et-des-chats-leurope-franchit-un-cap-dans-la-lutte-contre-la-maltraitance-et-le-trafic/


